Jean-Claude LEMALLE : une expérience de juge-consulaire

Jean-Claude LEMALLE

Pouvoir souverain d'appréciation
et pouvoir discrétionnaire du juge

🎯 IdĂ©e directrice

Deux pouvoirs sont souvent confondus. Ils n’ont pourtant pas les mĂȘmes consĂ©quences :

1) le pouvoir souverain d’apprĂ©ciation impose de motiver ;
2) le pouvoir discrétionnaire permet, dans certains cas, de décider sans motiver.

1. – Le pouvoir souverain d’apprĂ©ciation du juge

1.1. – DĂ©finition

Le pouvoir souverain d’apprĂ©ciation est le pouvoir reconnu au juge d’apprĂ©cier une circonstance de fait.

Lorsqu’il statue au titre de ce pouvoir, le juge a une obligation essentielle : motiver sa dĂ©cision en indiquant les Ă©lĂ©ments qu’il retient.

📌 Ce que contrîle la Cour de cassation

La Cour de cassation ne contrĂŽle pas la pertinence de l’apprĂ©ciation des faits.

Elle vérifie que le juge a bien motivé sa décision, en examinant :

  • l’existence des motifs ;
  • leur prĂ©cision ;
  • leur caractĂšre suffisant.

1.2. – ConsĂ©quence pratique en appel

L’apprĂ©ciation des faits par le juge du premier degrĂ© ne s’impose pas Ă  la cour d’appel, qui peut rĂ©former la dĂ©cision en substituant sa propre apprĂ©ciation souveraine.

🧭 Repùre pratique

Premier degré : convaincre sur les faits et les piÚces.

Appel : la discussion sur les faits peut ĂȘtre entiĂšrement rejouĂ©e.


2. – Le pouvoir discrĂ©tionnaire du juge

2.1. – DĂ©finition

Le pouvoir discrétionnaire correspond à la faculté, pour le juge, de prendre certaines décisions sans avoir à en donner les motifs.

😌 À retenir

Pouvoir discrĂ©tionnaire ne signifie pas dĂ©cision arbitraire. Cela signifie simplement qu’une motivation n’est pas exigĂ©e, lorsque la dĂ©cision relĂšve d’une mesure d’administration ou d’organisation de l’instance.

2.2. – Exemples jurisprudentiels

  • ordonner la jonction de deux instances (Cour de cassation, chambre civile 3, 28 septembre 2005, numĂ©ro 04-14.577) ;
  • ordonner le renvoi de l’affaire Ă  une audience ultĂ©rieure (Cour de cassation, chambre civile 1, 1er fĂ©vrier 2006, numĂ©ro 04-14.214) ;
  • dĂ©signer la partie chargĂ©e de consigner la provision Ă  valoir sur la rĂ©munĂ©ration de l’expert (Cour de cassation, chambre civile 2, 16 mai 2013, numĂ©ro 11-28060) ;
  • ordonner le sursis Ă  statuer (Cour de cassation, chambre civile 2, 22 novembre 2007, numĂ©ro 06-18.892 ; Cour de cassation, chambre commerciale, 26 novembre 2013, numĂ©ro 12-23.775) ;
  • condamner une partie au paiement de frais irrĂ©pĂ©tibles (Cour de cassation, chambre civile 3, 31 octobre 2007, numĂ©ro 06-19.128) ;
  • condamner une partie Ă  une amende civile (Cour de cassation, chambre civile 2, 8 fĂ©vrier 2007, numĂ©ro 05-22.113) ;
  • dĂ©signer un ou plusieurs experts (Cour de cassation, chambre civile 2, 13 juillet 2005, numĂ©ro 03-19.945) ;
  • refuser une mesure d’expertise (Cour de cassation, chambre civile 3, 10 fĂ©vrier 2009, numĂ©ro 07-21.134).

3. – Tableau de lecture rapide

QuestionPouvoir souverain d’apprĂ©ciationPouvoir discrĂ©tionnaire
Sur quoi porte le pouvoir ?Sur l’apprĂ©ciation des faitsSur certaines dĂ©cisions d’organisation de l’instance
Motivation exigĂ©e ?Oui, en fait et en droitNon, dans les cas oĂč la loi et la jurisprudence l’admettent
ContrĂŽle de la Cour de cassationContrĂŽle de l’existence, de la prĂ©cision et du caractĂšre suffisant des motifsPas d’exigence de motivation, sauf texte particulier
ConsĂ©quence en appelLa cour d’appel peut substituer son apprĂ©ciation souveraineDĂ©cision gĂ©nĂ©ralement liĂ©e Ă  la conduite de l’instance

✅ Conclusion opĂ©rationnelle

Si la dĂ©cision repose sur une apprĂ©ciation des faits, la motivation doit ĂȘtre prĂ©cise et suffisante.

Si la dĂ©cision relĂšve d’un pouvoir discrĂ©tionnaire, l’absence de motivation n’est pas, en soi, une cause de critique, sauf texte particulier.

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