Pouvoir souverain d'appréciation
et pouvoir discrétionnaire du juge
et pouvoir discrétionnaire du juge
đŻ IdĂ©e directrice
Deux pouvoirs sont souvent confondus. Ils nâont pourtant pas les mĂȘmes consĂ©quences :
1) le pouvoir souverain dâapprĂ©ciation impose de motiver ;
2) le pouvoir discrétionnaire permet, dans certains cas, de décider sans motiver.
1. â Le pouvoir souverain dâapprĂ©ciation du juge
1.1. â DĂ©finition
Le pouvoir souverain dâapprĂ©ciation est le pouvoir reconnu au juge dâapprĂ©cier une circonstance de fait.
Lorsquâil statue au titre de ce pouvoir, le juge a une obligation essentielle : motiver sa dĂ©cision en indiquant les Ă©lĂ©ments quâil retient.
đ Ce que contrĂŽle la Cour de cassation
La Cour de cassation ne contrĂŽle pas la pertinence de lâapprĂ©ciation des faits.
Elle vérifie que le juge a bien motivé sa décision, en examinant :
- lâexistence des motifs ;
- leur précision ;
- leur caractĂšre suffisant.
1.2. â ConsĂ©quence pratique en appel
LâapprĂ©ciation des faits par le juge du premier degrĂ© ne sâimpose pas Ă la cour dâappel, qui peut rĂ©former la dĂ©cision en substituant sa propre apprĂ©ciation souveraine.
đ§ RepĂšre pratique
Premier degré : convaincre sur les faits et les piÚces.
Appel : la discussion sur les faits peut ĂȘtre entiĂšrement rejouĂ©e.
2. â Le pouvoir discrĂ©tionnaire du juge
2.1. â DĂ©finition
Le pouvoir discrétionnaire correspond à la faculté, pour le juge, de prendre certaines décisions sans avoir à en donner les motifs.
đ Ă retenir
Pouvoir discrĂ©tionnaire ne signifie pas dĂ©cision arbitraire. Cela signifie simplement quâune motivation nâest pas exigĂ©e, lorsque la dĂ©cision relĂšve dâune mesure dâadministration ou dâorganisation de lâinstance.
2.2. â Exemples jurisprudentiels
- ordonner la jonction de deux instances (Cour de cassation, chambre civile 3, 28 septembre 2005, numéro 04-14.577) ;
- ordonner le renvoi de lâaffaire Ă une audience ultĂ©rieure (Cour de cassation, chambre civile 1, 1er fĂ©vrier 2006, numĂ©ro 04-14.214) ;
- dĂ©signer la partie chargĂ©e de consigner la provision Ă valoir sur la rĂ©munĂ©ration de lâexpert (Cour de cassation, chambre civile 2, 16 mai 2013, numĂ©ro 11-28060) ;
- ordonner le sursis à statuer (Cour de cassation, chambre civile 2, 22 novembre 2007, numéro 06-18.892 ; Cour de cassation, chambre commerciale, 26 novembre 2013, numéro 12-23.775) ;
- condamner une partie au paiement de frais irrépétibles (Cour de cassation, chambre civile 3, 31 octobre 2007, numéro 06-19.128) ;
- condamner une partie à une amende civile (Cour de cassation, chambre civile 2, 8 février 2007, numéro 05-22.113) ;
- désigner un ou plusieurs experts (Cour de cassation, chambre civile 2, 13 juillet 2005, numéro 03-19.945) ;
- refuser une mesure dâexpertise (Cour de cassation, chambre civile 3, 10 fĂ©vrier 2009, numĂ©ro 07-21.134).
3. â Tableau de lecture rapide
| Question | Pouvoir souverain dâapprĂ©ciation | Pouvoir discrĂ©tionnaire |
|---|---|---|
| Sur quoi porte le pouvoir ? | Sur lâapprĂ©ciation des faits | Sur certaines dĂ©cisions dâorganisation de lâinstance |
| Motivation exigĂ©e ? | Oui, en fait et en droit | Non, dans les cas oĂč la loi et la jurisprudence lâadmettent |
| ContrĂŽle de la Cour de cassation | ContrĂŽle de lâexistence, de la prĂ©cision et du caractĂšre suffisant des motifs | Pas dâexigence de motivation, sauf texte particulier |
| ConsĂ©quence en appel | La cour dâappel peut substituer son apprĂ©ciation souveraine | DĂ©cision gĂ©nĂ©ralement liĂ©e Ă la conduite de lâinstance |
â Conclusion opĂ©rationnelle
Si la dĂ©cision repose sur une apprĂ©ciation des faits, la motivation doit ĂȘtre prĂ©cise et suffisante.
Si la dĂ©cision relĂšve dâun pouvoir discrĂ©tionnaire, lâabsence de motivation nâest pas, en soi, une cause de critique, sauf texte particulier.